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dimanche 12 octobre 2008

VETEMENT DE NOCE

Revêtir le vêtement de noce

Quel est le vêtement de noce dont parle l'Évangile ? Très certainement cette robe est une chose que seuls possèdent les bons, ceux qui doivent participer au festin... Seraient-ce les sacrements ? le baptême ? Sans le baptême, personne ne parvient jusqu'à Dieu, mais certains reçoivent le baptême et n'arrivent pas jusqu'à Dieu... Peut-être est-ce l'autel ou ce que l'on reçoit à l'autel ? Mais en recevant le Corps du Seigneur certains mangent et boivent leur propre condamnation (1Co 11,29). Qu'est-ce donc ? le jeûne ? Les méchants jeûnent aussi. La fréquentation de l'église ? Les méchants vont à l'église comme les autres...
Qu'est-ce donc que ce vêtement de noce ? L'apôtre Paul nous dit : « Les préceptes n'ont d'autre fin que la charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sans feinte » (1Tm 1,5). Le voilà le vêtement de noce. Il ne s'agit pas de n'importe quel amour, car souvent on voit des hommes malhonnêtes en aimer d'autres..., mais on ne voit pas chez eux cette charité « qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sans feinte » ; or, c'est cette charité-là qui est le vêtement de noce.
« J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l'apôtre Paul, s'il me manque l'amour, je ne suis que de l'airain qui résonne, une cymbale retentissante... J'aurais beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la science, et avoir la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien » (1Co 13,1-2)... J'aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ « Je ne suis rien »... Combien de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer ! Si je n'ai pas l'amour, j'aurais beau distribuer tous mes biens, confesser le nom du Christ jusqu’a verser mon sang (1Co 13,3), cela ne servirait à rien, puisque je peux agir ainsi par amour de la gloire... « S'il me manque l'amour, cela ne sert à rien. » Voilà le vêtement de noce. Examinez-vous : si vous l'avez, approchez avec confiance du banquet du Seigneur.

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone et docteur de l'Église ;
Sermon 90 ; PL 38, 559s

samedi 27 septembre 2008

LA MALICE DU TEMPS

Si l'intelligence est saine...

Si l'on fait attention à la malice du temps où nous vivons, si l'on embrasse, par la pensée, l'état des choses tant publiques que privées, on le découvrira sans peine : la cause des maux qui nous accablent, comme de ceux qui nous menacent, consiste en ce que des opinions erronées sur les choses divines et humaines se sont peu à peu insinuées des écoles des philosophes, d'où jadis elles sortirent, dans tous les rangs de la société, et sont arrivées à se faire accepter d'un très grand nombre d'esprits. Comme, en effet, il est naturel à l'homme de prendre pour guide de ses actes sa propre raison, il arrive que les défaillances de l'esprit entraînent facilement celles de la volonté ; et c'est ainsi que la fausseté des opinions, qui ont leur siège dans l'intelligence, influe sur les actions humaines et les vicie. Au contraire, si l'intelligence est saine et fermement appuyée sur des principes vrais et solides, elle sera, pour la société comme pour les particuliers, la source de grands avantages, d'innombrables bienfaits.
Sans doute, nous n'accordons pas à la philosophie humaine assez de force et d'autorité pour la juger capable, par elle seule, de repousser ou de détruire absolument toutes les erreurs. De même, en effet, que lors du premier établissement de la religion chrétienne, ce fut l'admirable lumière de la foi, répandue non par les paroles persuasives de l'humaine sagesse, mais par la manifestation de l'esprit et de la force [1], qui reconstitua le monde dans sa dignité première; de même, dans les temps présents, c'est, avant tout, de la vertu toute puissante et du secours de Dieu que nous devons attendre le retour des esprits, arrachés enfin aux ténèbres de l'erreur. Mais nous ne devons ni mépriser, ni négliger les secours naturels mis à la portée des hommes par un bienfait de la divine sagesse, laquelle dispose tout avec force et suavité ; et, de tous ces secours, le plus puissant, sans contredit, est l'usage bien réglé de la philosophie. Ce n'est pas vainement que Dieu a fait luire dans l'esprit humain la lumière de la raison ; et tant s'en faut que la lumière surajoutée de la foi éteigne ou amortisse la vigueur de l'intelligence ; au contraire, elle la perfectionne, et, en augmentant ses forces, la rend propre à de plus hautes spéculations.
Il est donc tout à fait dans l'ordre de la divine Providence que, pour rappeler les peuples à la foi et au salut, on recherche aussi le concours de la science humaine: procédé sage et louable, dont les pères de l’Église les plus illustres ont fait un usage fréquent, ainsi que l'attestent les monuments de l'antiquité. Ces mêmes Pères, en effet, assignèrent communément à la raison un rôle non moins actif qu'important, et saint Augustin le résume tout entier en quatre mots, lorsqu'il attribue à la science humaine ce par quoi la foi salutaire est engendrée, nourrie, défendue, fortifiée[2].

Léon XIII : Lettre Encyclique, Aeterni Patris ; 4 août 1879

[1] I Cor. II, 4.
[2] S. AUGUSTIN, De Trinit. lib. XIV. c. 1.